Lanmeur

A la maison de retraite de Lanmeur, j’ai rencontré les résidents dans leurs chambres. Ils ont évoqué des lieux auxquels ils sont attachés, sans pouvoir les filmer. L’une d’entre eux, Yvonne, a accepté que je filme sa promenade dans les couloirs, l’appareil photo posé sur son déambulateur. On sent d’ailleurs dans le film le rythme de sa marche. Sur ces images, j’ai posé les cinq voix entendues en entretiens individuels.

Atelier d’écriture du vendredi 29 août

Ma voix, mon silence

« Quand je me désaccorde, ma voix se disjoint. elle se place plus haut qu’à l’ordinaire, et bizarrement, j’ai l’impression de parler au-dessus de ma voix. Au contraire, lorsque je suis bien centré, ma voix est basse, étouffée, toute veloutée de silence, et je sens alors qu’elle traduit avec assez d’exactitude ce qui s’enchevêtre en moi, la lumière et la ténèbre, l’élan et le retrait, l’exultation et la plainte. on  a pu prétendre que le regard est le miroir de l’âme. d’une manière semblable, ne pourrait-on dire que la voix s’entend comme la musique de l’âme? » Charles Juliet.

Ma voix, celle d’aujourd’hui et celle d’hier, modulée avec l’âge, les circonstances, les émotions… Ecrire des éclats de voix; des moments où l’on a pris conscience de sa voix, de la façon dont elle sortait du corps…

Et mon silence. Ici, dans les couloirs, dans les salles, c’est le silence, surtout l’après-midi. On est assis les uns à côté des autres, les uns en face des autres et on ne se parle pas.  Pourquoi fait-on silence? Que retient-on qu’aimerait dire?  Que se passe – t-il en nous lorsque l’on ne dit rien?…

 

Ma voix

Ma voix a changé depuis que je suis ici. Elle est couverte, on a l’impression que je suis enrouée, on m’entend à peine. Parfois, elle me semble inaudible.

Avant, ma voix était claire.

 Rossignol de mes amours, on me demandait de chanter ça au milieu des repas de famille. J’étais un peu intimidée, je me mettais debout à côté de la chaise, je commençais à chanter. Je trouvais ça agréable.

A l’église, on se rassemblait pour chanter. C’était des cantiques. Pour le chemin de croix, on s’arrêtait à chaque station pour chanter. J’étais avec mes petites copines d’école, on rigolait plus qu’on priait.

Dans la rue, il y avait deux petites filles de six, sept ans, qui se sont mises en tête d’aller aux commissions sans prévenir les parents. On les cherchait partout. On demandait aux gens s’ils ne les avaient pas vues. Une était ma fille. Je l’ai grondée.

J’habitais à côté d’un boulanger. Quand il tirait le pain du four, il chantait, il sifflait si la croûte était réussie. Ce boulanger était un farceur. Un jour, il s’était mis en tête de me mettre dans la cuve avec le moteur allumé assez fort. Du coup, j’étais saoule à force de tourner. Quand j’en avais marre, je criais. Ce boulanger chiquait comme s’il avait un pruneau dans la bouche. Il nous faisait croire que c’était vraiment un pruneau.

 

Se taire

Quand il y a un repas de famille, il y a un brouhaha épouvantable, on apprécie le silence quand ça s’arrête.

Au repas, on est plusieurs personnes, chacun a son petit mot à dire. On apprécie le silence quand les autres se taisent.

Je suis intimidée par tous les gens qui sont autour de moi, je ne dis rien.

Mes parents parlaient breton pour qu’on ne comprenne pas. Quand on les imitait, ils n’étaient pas contents, ils nous disaient de nous taire.

Il y avait une bénévole qui connaissait bien la cuisine. Je n’étais pas toujours d’accord avec ce qu’elle disait mais je ne disais rien.

Je ne sais pas pourquoi je ne dis rien. C’est dans ma nature.

J’aimerais parler mais beaucoup de personnes ne veulent pas parler.

Jeanne

 

 

Ma voix

Ça change vite.

En colère contre les enfants, pas toujours contre le même, plus en colère contre Lény, il est plus désobéissant.

La voix a changé quand je suis devenue adulte, voix plus sévère contre enfant, mari, il fallait être plus obéissant. Mon mari ne commandait pas, il n’aimait pas commander. Il fallait qu’il demande pour tout, des sous, pour sortir. Mon mari ne disait jamais rien.

La voix heureuse quand les enfants sont nés. Quand mon aîné est né, tout le monde était content.

Moi, je n’ai pas le pouvoir de chanter.

Quand j’étais petite, j’avais une toute petite voix, j’étais timide.

Les voix sont différentes des fois, par exemple quand mon enfant est allé à Bretonno, à l’hôpital. Parce que j’avais peur de le perdre. Il a fait une méningite vers cinq ans, nous avons tous pleuré. Un dimanche dans la soirée, nous avons appelé le docteur, qui l’a pris dans sa voiture pour l’envoyer à l’hôpital. J’étais triste et inquiète.

Beaucoup qui connaissaient ma voix. Les petits-enfants disaient Mamie.

Quand je suis avec mon mari, je parle breton.  Je parlais beaucoup breton avec les aînés car ils étaient souvent chez les grands-parents. Le breton à la maison, pas à l’extérieur, nous faisions comme les autres. Quand je suis allée à l’école, je ne parlais que le breton.

 

Se taire

Quand mon fils a été hospitalisé, je ne pouvais plus rien dire. Quand je l’ai emmené à l’hôpital, nous sommes revenus à la maison, j’ai pleuré, pleuré. Le lendemain, il allait mieux.après, il est allé à Paris, à l’hôpital. Armand m’a envoyé là-bas, moi, je suis restée avec lui et Armand est rentré à la maison. J’étais prête à accoucher et on ne m’a pas laissé retourner.

Je parle facilement.

A la mort de mon mari, j’ai pleuré silencieusement.

Ma sœur est un peu silencieuse. Elle ne disait pas ce qu’elle devait dire devant les parents. Si elle le disait devant d’autres personnes, elle aurait dû le dire aux parents. Je lui en voulais de ne pas dire les choses.

Mon mari ne parlait pas beaucoup. Je l’ai connu comme ça.

J’ai une amie avec qui je parlais beaucoup. Elle s’appelait Francine. Francine me racontait beaucoup de choses, nous allions au bal.

Marie-Thérèse

Ma voix

Ma voix a changé lorsque j’ai commencé à fumer des Gitanes maïs dans l’est, le paquet était à deux francs cinquante. J’ai jamais repris. J’ai roulé et fumé ma première cigarette de Petit Gris à douze, treize ans. J’étais saoule. Mon père m’a dit, j’ai vu une drôle de fumée dans le champ.

Je parlais à ma fille avec douceur et  avec vocabulaire. Je t’aime beaucoup mais tu dois être gentille. Il n’y a pas de raison que tu sois différente quand je suis là ou absente. On vivait en haut de la gare, il y avait du bruit. Quand la petite se réveillait, je lui prenais la main, je disais un petit mot et elle se rendormait.

On parlait les deux langues. On parlait breton quand on ne voulait pas que les petits comprennent. J’ai été longtemps sans parler breton, il n’y avait pas toujours d’autres bretons là où j’étais. Certains prenaient exprès l’accent parisien pour faire bien. C’était des parisiens à « gros bec ». Ils étaient plus ridicules qu’autre chose.

Ici, là-bas, kerambastard.

Je chantais à l’église.  Les riches avaient deux chaises, avec une plaque à leur nom dessus. Pour nous, c’était une chaise à deux sous, avec la paille qui s’en va.

A l’usine, le bruit des machines couvrait la voix, mais le bavardage ne plaisait pas.

Je me mets parfois en colère, après ça me rends malade parce que j’oublie ce que j’ai dit. Je ne crie pas.

Je me souviens d’une colère avec mon père qui n’arrêtait pas de rouspéter. Je lui ai dit que j’allais le plaquer là avec tout ce qu’il était ; que j’avais vingt-deux ans et que j’allais me marier.

J’ai fréquenté un jeune homme qui s’appelait François Le Roux.  Mon premier amour c’était un col bleu, Emile Le Boulch, le fils du forgeron de Plouigneau. J’avais une jolie carte tous les dimanches. Mon père le surnommait Emile Ar Louarn.

 

Se taire

Je me tais quand je suis un peu en colère, quand je suis vexée ou que certains ne savent pas se taire.

Toute jeune, quand on se moquait d’un enfant timide, je voulais me taire mais ça sortait quand même.

Je me taisais quand je voyais que ça déplaisait et je partais.

Les personnes âgées qui souffrent, je les plains et je me tais.

Je me suis tue, quand une autre résidente a dit de moi devant tout le monde, « Elle s’est cassée la gueule, et le matin encore ! » J’ai été blessée. Ça m’a déplu terriblement. Je ne lui ai plus parlé. En plus, c’était comme si elle sous-entendait que j’avais bu. Ça m’a vraiment fait mal. C’était une sottise !

Yvonne L’Hénaff

Ma voix

J’ai du mal à définir ma voix, mais par contre, lors d’une conversation téléphonique, on me reconnaît et on m’appelle par mon  nom. Je me pose la question sur la caractéristique de ma voix pour qu’on me reconnaisse. Je suis toujours étonné. Je me dis, comment ça se fait ? Je n’ai peut-être pas un timbre élevé.

On était en vacances dans un centre familial, il y avait un endroit où il y avait des animations, un karaoké. Mon fiston de quatre ans me mettait toujours dans des situations incroyables. On lui a dit, il est où ton papa ?  Il est là, il est là. Moi qui n’ai pas trop confiance en ma voix pour chanter, j’ai fait une pirouette pour tourner ça à mon avantage. J’ai choisi une chanson où j’ai fait chanter tout le monde. A la bastille, on l’aime bien Nini peau de chien…Et comme ça, je suis passé inaperçu et je n’ai pas perdu la face.

On était en vacances en Ardèche dans un centre. On faisait des soirées. Il y avait un gars, un grand d’un mètre quatre-vingt-dix, qui avait une voix qui portait, il entrainait tout le monde. Moi, je n’avais pas une voix qui portait, plutôt une voix qui passait inaperçue.  Je ne suis pas un ténor.

J’aurais aimé avoir la voix de Roberto Lagna.

Avec mes enfants, je n’étais pas pour élever la voix. Je dialoguais, j’expliquais. Je leur disais que les diplômes, c’était des armes pour réussir dans la vie. Je comparais ça à vous envoyer dans la jungle sans armes. Si vous vous retrouvez confronté à des animaux sauvages, vous êtes perdants de suite.

 

Se taire

Je me tais dans ce débat pour diminuer le brouhaha.

Je me tais pour écouter le silence de la campagne.

Je me tais le matin pour écouter les chants des oiseaux au printemps.

Je me tais car il veut toujours avoir raison.

Je me tais car le silence est d’or.

 Patrick

Ma voix

Aujourd’hui, je troue ma voix enrouée, peut-être dû à un rhume.

Je trouve ma voix criarde, j’essaierai de me corriger à l’avenir.

J’allais à la messe, je chantais mais je détonnais un peu. Un prêtre me faisait chanter à la place d’une autre, ce qui amenait de la jalousie. Il me choisissait parce que j’avais la voix qu’il fallait,  une voix assez forte. C’était des chants religieux, comme il y a dans les psaumes.

Quand j’étais en Allemagne, ma voix n’a pas changé, je ne suis pas restée assez longtemps.

Je crie comme tout le monde, quand les gosses faisaient des bêtises. A l’époque, on travaillait beaucoup et il fallait faire, listes de tâches faites par le père, tâches au jardin. Il ne fallait surtout pas mentir.

 

Se taire

Le silence, ça peut être un recueillement.

Le silence, ça peut être un retour de méchanceté, de colère.

Je ne parle pas à mes voisins de table, parce qu’ils ne m’intéressent pas.

Je ne parle pas beaucoup, parce que je ne sais pas quoi dire. Comme à la maison, à mes enfants, je leur explique ce qu’il y a à faire.

Je parlais à mon mari quand j’avais besoin de lui, besoin d’aide. Il n’avait pas beaucoup de patience. Mon fils, lui, en a.

Quelquefois je l’entends dire des mots qu’il ne faut pas, ça ne doit pas être facile à sa place.

J’ai vécu avec des gens instruits et intelligents, je leur parlais et j’ai appris beaucoup avec eux.

Madame Roux

Atelier d’écriture du mercredi 27 août

Les voix qui m’ont traversées.

Je lis cet extrait de Proust :

Après quelques instants de silence, tout d’un coup, j’entendis cette voix que je croyais à tort connaître si bien, car jusque là, chaque fois que ma grand-mère avait causé avec moi, ce qu’elle me disait, je l’avais toujours suivi sur la partition ouverte de son visage où les yeux tenaient beaucoup de place ; mais sa voix elle-même, je l’écoutais aujourd’hui pour la première fois. Et parce que cette voix m’apparaissait changée dans ses proportions dès l’instant qu’elle était un tout, et m’arrivait ainsi seule et dans l’accompagnement des traits de la figure, je découvris combien cette voix était douce…elle était douce, mais aussi comme elle était triste, d’abord à cause de sa douceur même, presque décantée, plus que peu de voix humaines ont jamais dû l’être, de toute dureté, de tout élément de résistance aux autres, de tout égoïsme.

Quelles voix entendons-nous en nous ? Beaucoup de personnes traversent notre vie, que reste-t-il de leur voix ? Comment les entend-on ?

Nous serons sur la musique des voix.

Une voix est aussi imprégnée des mots qu’elle emploie, qui quelquefois n’appartiennent qu’à elle ou au lieu d’où elle vient.

Extrait de Traversée de Marie-Hélène Lafon

Des mots disent l’intimité, coustir pour pente escarpée ou sagne pour zone humide, acamper pour rassembler et curaillis pour cette herbe des coins, des bords, des lisières, que les machines n’attendaient pas. Ces mots appartiennent au vieux travail qui se faisait dans les fermes des enfances (…). Ces mots relèveraient de la toilette intime du pays, creux bosses plis secrets, on ne les écrit pas, on n’en a pas besoin ; je peine aujourd’hui à leur trouver un juste équivalent, précis et efficace, dans la langue officielle et écrire coustir ici pour la première fois est indécent.

Voix…

Des fois, j’essaie de me rappeler une voix, et j’ai du mal à la faire revenir.

La voix de mon mari n’a pas de mal à me revenir. C’est sa voix qui m’avait séduite, qui m’avait frappée par sa gravité. Il avait une voix grave qui marquait beaucoup. Je ne peux pas l’oublier. Des fois je me dis, est-ce que je m’en souviendrai toujours ?

Christiane, je l’ai reconnue en l’entendant parler. Chantant, lent, à l’accent breton qui pique, un accent breton en lenteur.

Ma mère aimait chanter quand il y avait des repas de famille. Des fois mon père l’engueulait, il ne trouvait pas qu’elle chantait bien. Un jour, dans la micheline du centre Bretagne, mon oncle a demandé à ma mère et sa sœur de chanter une chanson interdite en France, Gloire au 17 ème, chanson écrite à al gloire du bataillon du 17 ème régiment qui avait refusé de tirer sur les vignerons en grève qui manifestaient.

Salut salut à vous, braves soldats du 17 ème,

 Salut, salut à vous, braves pioupious

Vous auriez en tirant sur nous, assassiné la République

Il y avait un bourgeois dans le même wagon qui a commencé à râler et a menacé de les dénoncer. Alors mon oncle a dit : « Tu la fermes sinon je te fous les tripes au soleil à la prochaine gare. »

Il n’avait peur de rien, il avait été nettoyeur des tranchées pendant la guerre. Alors ce n’est pas ce bourgeois qui allait l’effrayer.

Germaine

 

J’entends la voix d’un vieux tonton, lorsqu’il allait chercher les vaches aux champs. Il avait un chien, il criait sur le chien : Turc ! Turc ! C’était une voix assez forte. Il appelait le chien pour chercher les vaches qui s’égaraient. Des fois, il le sifflait, ça suffisait pour que les troupeaux se rassemblent.

J’entends la voix de ma grand-mère, elle avait une voix beaucoup plus douce. Le soir, elle nous faisait de la bouillie d’avoine avec du lait ribot. Elle m’appelait Janick.

Le couple avait chacun ses devoirs, lui était plutôt aux champs, elle à la maison.

Avant d’aller chercher les vaches, la grand-mère nous disait : « Point eo monte kerat ». Il était temps d’aller chercher les vaches,  la nuit arrivait.

Chez les sœurs, chacune avait un poste. Une s’occupait de la cuisine, une du tricot, de la broderie. Une sœur avait une voix douce, très douce, c’était celle qui faisait la broderie. Par contre, une autre, celle qui enseignait les maths, avait une voix épouvantable, criarde, méchante. Une fois, une petite avait fait pipi dans sa culotte. Au lieu de la changer, elle l’a assise sur le poêle chaud.

Jeanne

 

La voix de mon mari était douce ; une voix qui changeait quand il se mettait parfois en colère.

La voix douce de ma mère. La voix dure de mon père.

La voix de Bernard, mon frère, qui était agréable comme celle de ma mère.

Ma sœur Raymonde avait plus la voix de ma mère, on l’entendait plus souvent que la mienne dans la maison.

La voix d’André, parti trop tôt de la maison pour faire sa vie.

La voix de la radio : la voix des jeunes.

Marie-Thérèse

 

J’entends parfois encore la voix de mon père qui chantait, lors de la veillée « Oh ya ma doué dir otil Guillaume II, nous t’aurons maudit chien ». Il chantait aussi Les blés d’or

La voix de mon père qui lisait tous les soirs un des passages de La vie des saints, c’était au moment de la vaisselle. Une de mes sœurs était un vrai singe. Si je riais, il fallait absolument sortir.

J’entends encore la belle voix de ma mère qui chantait Les blés noirs.

Mon arrière-grand-mère de 99 ans, Catherine Quéan me disait : « Mange ton omelette, c’est meilleur ici. » Elle ne perdait pas le nord. Elle chantait Patret Breiz Izel.

Yvonne L’Hénaff

 

Ma mère

Ma mère était appelée par les gens du village de Fonsomme. On venait la chercher quand les gens n’allaient pas bien. Elle était appelée pour faire les piqûres.

Elle était aussi repasseuse. Elle repassait les chemises d’hommes à petits plis, elle prenait ses épingles de cheveux pour former les plis pour amidonner. Elle s’occupait des autels à l’église, elle souhaitait que ce soit propre.

 

Ma sœur

Ma sœur ne se plaignait jamais. Elle avait le mal de Pott, les os faibles. Elle aimait la couture, la broderie, le tricot.

Elle n’avait jamais marché. Elle a eu une triste vie, son seul plaisir était d’aller à Lourdes en espérant revenir en marchant. Elle revenait déçue.

Elle m’a fait de la peine car elle était amoureuse d’un garçon qu’elle n’a pu fréquenter. Les journées étaient longues. Elle était courageuse, jamais en colère malgré qu’une autre jeune fille ait pris sa place.

 

Mon fils

Mon fils a une voix douce, mais il est têtu. Quand il m’appelle au téléphone, il est content et moi aussi.

Il a une très bonne mémoire. Il est apprécié de ses patrons.

Madame Roux

 

J’entends le matin à la radio la voix d’Alain Baratton, jardiner en chef du château de Versailles qui répond aux questions des auditeurs concernant le jardin. Il a une voix agréable et facile à écouter.

Une voix bien précise de mon enfance, quand j’écoutais la radio. Ici Geneviève Tabouis, avec sa voix grave à raconter les déroulements judiciaires d’un tribunal.

J’entends aussi la voix de mon beau-père calme et posée, qui me disait que, quand il était en colère après un autre conducteur, il lui disait  penn laou, une injure en breton. En français tête de poux.

Patrick

Atelier d’écriture du lundi 25 août

Territoire intime

Les noms du paysage, du territoire ont une poétique, une consonance qui  est propre au lieu. Je  lis un extrait de  Traversées  de Marie-Hélène Lafon, où elle évoque son territoire d’enfance, dans le limousin.

J’arpente le pays premier et je connais la litanie incarnée de ses noms, noms de lieux noms de personnes. (…). On sait des noms, ceux des fermes et des hameaux d’où viennent les autres enfants de l’école ; on dit Soulages, La Devèze, L’Estuade, Lavaux, Maillargues ; on dit Lemmet, Fraigefond, Sourzat, Malbet, Cuzol.

On dit.

Que dit-on, ici ? Quels noms résonnent en nous, qui disent aussi ce que nous sommes ? Je propose d’écrire un Inventaire des noms des mon territoire intime.

Je lis ensuite le début de Traversée,où Marie-Hélène Lafon évoque la rivière Santoire et il s’agira, dans le second travail d’écriture de donner à voir et à ressentir un paysage qui nous est intime.

 

Inventaire des noms de mon territoire intime

Le Douron. Le manoir de Kerlosser. Kerleo. Monts d’Arrée. Chez Fournis. Chez Lescour. Botsorhel. Le bief. Pont de Kerleo. Kervez. Le Quinquis.

 Le Douron

La rivière s’appelle le Douron. Dour, c’est l’eau en breton. Je crois qu’il y a une rivière Douron aussi en Espagne.

Quand on passait le Douron, on changeait de commune, on passait de Plouigneau à Botsorhel. Et mon père en riant disait quand on dansait dans la salle de bal, qu’on avait un pied à Botsorhel, un pied à Lannéanou et un pied à Plouigneau. C’était un triangle.

La rivière était large par instant. Pas très loin de chez moi, dans le bief, je pouvais traverser sur un pommier renversé. Il n’était pas mort, il avait encore ses racines, on pouvait faire le gué pour passer d’une rive à l’autre. Je jouais sur les bords du Douron, j’allais à la pêche aux vairons avec un bocal et une ficelle. On le mettait dans un endroit où il n’y avait pas beaucoup de courant, on le sortait vivement quand on avait un ou deux poissons. On les appelait des vairons.

Près du pommier, le fond était clair. Il y avait un pivert qui venait régulièrement faire son nid. On ne le dérangeait pas. Plus haut sur le Douron, il y avait des petits ilots où on cueillait des jonquilles. Là, la rivière était plus large et moins profonde. On passait à gué sur des gros cailloux.

Germaine

 

Inventaire des noms de mon territoire intime

Tréglamus. Kerour. Louargat. Guingamp. Bulat. Saint-Efflam. Grace. Bringolot. Linton. Mainguy. Brugeant. Pastol. Druhinec. Legos. Colledinous. Lanmeur.

La ferme de Colledinous

Nous avons commencé avec deux chevaux et après le tracteur. Nous étions mon mari et moi et un ouvrier à la semaine sur les 25 hectares. Nous mettions des betteraves, des patates, des choux, des échalotes, des petits pois, des haricots. Nous récoltions l’équivalent de deux barriques de pommes.

La traite des vaches, au début à la main, cinq vaches chacun et après il y avait une trayeuse. Nous avons eu du mal à accepter la trayeuse.

Les cochons, nous les gardions et quand ils étaient grands nous les vendions au boucher comme les veaux. Les marchands venaient les acheter à la ferme.

La maison était assez claire et nous, nous avons fait des chambres. Il y avait une chambre au bout de la maison au départ. Les chambres à l’étage étaient en bois, de très belles chambres dans le grenier.  Nous avons mis l’électricité après le deuxième enfant.

Les propriétaires sont venus nous dire qu’ils ne nous mettaient pas dehors mais qu’eux reprenaient possession de la ferme dans les années soixante.

Marie-Thérèse 

 

Inventaire des noms de mon territoire intime

Plouigneau. Lanleya. Kerstrat. Plouegat-Guerrand. Lanmeur. Garlan. Pont Bellec. Morlaix. Gare de triage. Rue de la Vieille Muraille. Chez le docteur Le Janne. Les Ardennes. Monthermé. La Meuse. Sardaigne. Charleville Mézières. Hôpital Bel Air. Plouigneau. Kerstrat. MamGoz.

Partir pour mieux revenir.

Rennes. Lourdes. Bordeaux. La Gaité Montparnasse. Gascogne. Mayenne.

Le Douron

Il y avait le Douron à côté de la ferme. Quand il y avait des crues les rats d’eau sortaient. Ils attaquaient les porcelets, les mères et les coureurs, des cochons qu’on engraissait pour la charcuterie. On voyait les traces de morsure jusqu’au sang… il était impossible de s’en défaire et ils se faufilaient partout. C’était dégoûtant.

La Meuse

Le monsieur était sarde, Salvatore Isola. Sa compagne était polonaise, Katarine Bundorska.

Tout le long de la Meuse, il y avait des cités, les maisons appartenaient à l’usine. On retenait un peu d’argent sur notre salaire mais les maisons étaient confortables. On pouvait étendre  son linge, il y avait un jardin et une cave.

On faisait des traversées en barque de la Meuse. Il y avait un espagnol qui avait des chèvres. Il y avait beaucoup d’étrangers sur les berges.

C’était Salvatore qui ramait. Quand il y avait des crues, ça tanguait.

Les bateaux remontaient le fleuve. Il y avait des péniches. Les bateaux nous sonnaient.

La Meuse est large mais assez calme. Sur ses rives, il y avait des hameaux.

Yvonne L’Hénaff

 

Inventaire des noms de mon territoire intime

Morlaix. Commana. Quillidiec. Lanmeur. Ploujean. Locquérec. Plougasnou. Saint-Jean du Doigt. Plestin les Grèves. Calvaire de Saint-Jean du Doigt. Crypte de  Saint-Mélar.

A Commana, il y a une maison spéciale à pondalez, les escaliers dehors pour monter à l’étage, en béton, un virage et deux ou trois marches pour arriver à la porte. Les poules allaient pondre en haut des escaliers.

Jeanne


Inventaire des noms de mon territoire intime, les lieux de mes vacances d’adolescent

Carnac. Banyuls. Argeles. Collioure. Fontan. Nice. Vallée des Merveilles. Briode. Clermont-Ferrand. Issoire.  Le Pradet. Toulon.

 Fontan

A Fontan, notre lieu d’hébergement était une ancienne gare désaffectée, aménagée en dortoir et j’avais le privilège de partager une chambre de quatre lits car je venais d’être déplâtré suite à une fracture de la scaphoïde de la main gauche.

Le soir après le repas on allait faire une petite marche et j’étais attiré par les points lumineux sur le talus qu’on appelait des vers luisants ou lucioles et que je prenais dans ma main pour les emmener dans la chambre. Après, je les relâchais.

On a fait une sortie une journée à pied au lac des merveilles.

Patrick

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s