Lesneven

 

Découvrir le territoire de Lesneven par ce que m’en montrent et m’en disent les habitants.

Voici les films réalisés à Lesneven. Je remercie sincèrement Nicole, Christelle, Jeannine et Dominique  qui chacune m’ont fait découvrir « leur » lieu, l’ont filmé et sont venues enregistrer leur voix en off.

Atelier du vendredi 3 octobre

Lions le « je »  à un « nous »,  inscrivons notre voix dans un groupe et parlons d’une voix commune. Ecoutons comme la langue chante autrement.

Tout d’abord, faisons un inventaire de  ces endroits où nous nous reconnaissons dans un groupe, dans un « Nous ».

Ensuite, écoutons des textes écrits à cette première personne du pluriel.

« Certaines n’avaient jamais vu la mer » de Julie Otsuka, « Nous étions des êtres vivants », de Nathalie Kuperman « Nous, les vagues » de Mariette Navarro.

Deux tentatives pour dire un destin commun, une parole commune.

Dans le texte de Julie Otsuka, un groupe de femmes japonaises immigrant aux Etats-Unis pour rejoindre des hommes auxquelles elles ont été mariées sans les connaître, évoque ses rêves, ses espoirs puis ses désillusions et la vie quotidienne qui les attend.

Dans le texte de Nathalie Kuperman, on entend les voix intérieures des employés d’une entreprise de presse face au rachat de la boîte et à la menace des licenciements. Tour à tour, les voix s’élèvent individuellement ou rejoignent le chœur des salariés pour dire « Nous étions des êtres vivant,  nous sommes maintenant au bord du néant social.

Dans le texte de Mariette Navarro, c’est le flux et reflux d’un soulèvement, qui nous évoque fortement le printemps arabe. En le relisant, je pense aussi au conflit qui a eu lieu sur la commune de Lampaul.  Apparaissons, Occupons l’espace public, faisons-nous entendre.  Mais aussi:  que devenons-nous,  après, lorsqu’il faut reprendre la vie quotidienne?  La lecture de ce texte est toujours aussi impressionnante.

Pour le second texte, Choisissons un Nous,  et donnons-lui la parole.

Et puis nous achevons le cycle des ateliers en écoutant Charles Juliet et son texte « Ecrire… », invitant chacun à penser son rapport à l’écriture.

Voici les textes:

NOUS

Nous, les jumelles

Nous, les collègues embarquées

Nous, la famille

Nous deux

Nous, accueillies chez la nourrice

Nous, avec mes enfants

Nous, les enfants de Ty Ann

Nous, avec mes animaux

Nous, moi et mon conjoint

Nous, les amis

Nous, les parents

Nous, les gens de foyer

Nous, les enfants adoptés

Nous, les nourrices agréées

 

Nous, les femmes en foyer, nous qui n’avons pas demandé à être dans ce système d’exclusion sociale, nous nous écoutons. Nous sommes dans le même bateau. Nous nous aidons moralement. Nous revivons, nous, femmes de foyers. Nous retrouvons la joie de vivre. Nous nous battons pour notre survie.

 

Ecrire pour effacer de sa mémoire

Ecrire pour oublier

Ecrire pour ne pas crier

Ecrire pour rire

Ecrire pour se dévoiler

Ecrire sans compter

Ecrire par amour

Ecrire pour se vider

Ecrire par obligation

Ecrire pour lire

Ecrire par envie

Ecrire par politesse

Ecrire toujours

Ecrire partout

Jeannine

 

Nous, la grande famille

Nous deux les jumelles

Nous les amis

Nous et mes grands-parents

Nous tout simplement

Nous et notre famille d’accueil

Nous et nos chansons d’enfance

Nous, ma famille légitime, papa, maman

Nous, frères et sœurs

Nous deux toi et moi

Nous ensemble avec mes enfants

Nous les femmes

Nous les mères

Nous l’ensemble

Nous ensemble

Nous, mari et femme.

 

Qui s’inquiète de nous ? Les enfants de la DASS, les laissés pour compte, Nous les enfants qui se comptent par cent, Nous les enfants qui crient, qui chahutent. Nous, les enfants sans parents, qui jouent dans ce grand jardin, trop grand même, et trop d’enfants aussi dans ce grand bâtiment. Nous, avec ces femmes qui s’occupent de Nous, les petits, si fragiles mais si forts aussi. On les voit tous les jours, ces femmes qui s’occupent de Nous mais on ne les connaît pas pour autant.

 

Ecrire pour ne pas oublier

Ecrire des mots qui volent dans mon esprit

Ecrire avec des ratures, des mots écorchés

Ecrire parce que j’aime ça

Ecrire des mots, des phrases à n’en plus finir

Ecrire des farandoles

Ecrire fort les mots

Ecrire des mots forts.

Christelle

 

Nous, à la maison

Nous, les collègues de travail

Nous, en réunion au Centre Social

Nous, en formation à L’IFSI

Nous, les diabétiques

Nous, les malades en arrêt de travail longue durée

Nous, les recalés du système scolaire

Nous, les dys

Nous, les parents

Nous, le couple

Nous, la famille

Nous, en parlant de moi et de ma chienne Lisanna

Nous, les amis

Nous, l’atelier d’écriture

 

Nous, les diabétiques, les malades incurables, invisibles et chroniques, tous les jours nous nous battons contre la glycémie, contre les envies de manger les aliments interdits et la manque d’exercice. Note vie de tous les jours est réglée comme une horloge. Nous sommes des robots qui exécutent les  mêmes gestes trois fois par jour, le matin, le midi, le soir. Nous nous piquons pour calculer le taux de sucre avant chaque repas, nous nous repiquons pour nous injecter notre insuline qui nous permet de rester en vie. Nous, les diabétiques, c’est pour nous une sale maladie qui nous oblige à nous battre d’année en année.

 

Ecrire pour se soulager

Ecrire pour donner envie de continuer

Ecrire pour aller mieux

Ecrire pour le plaisir

Ecrire pour soigner les maux par les mots

Ecrire pour être fière

Ecrire pour partager avec les autres

Ecrire pour mettre des mots sur les émotions

Ecrire pour se découvrir

Ecrire pour se dire que l »on est capable

Ecrire pour se prouver que l’on n’est pas bête

Ecrire pour se donner du courage

Ecrire pour s’épanouir

Ecrire à ne plus ne finir tellement c’est bien

Ecrire pour laisser une trace

Ecrie en liberté

Ecrire pour apprendre

Ecrire pour passer un bon moment

Ecrire pour ne pas s’ennuyer

Ecrire pour ne plus s’isoler

Ecrire pour se sécuriser

Ecrire pour en parler

Ecrire pour communiquer

Dominique

 

Nous étions auprès d’elle.

Nous sommes allés au restaurant.

Nous allons promener la grand-mère.

Nous les copains avons fait la fête.

Nous prenons la voiture pour se promener.

Nous avons fait des photos.

 

Etant enfants, nous devions travailler à la ferme pour aider les parents, nous n’étions pas contents, car nous voulions jouer, nous n’avons pas eu trop le choix de donner un coup de main.

 

Ecrire pour se souvenir

Ecrire pour lire les autres

Ecrire pour raconter

Nicole

Nous, les grossesses à risque

Nous, les parents d’enfant né prématuré

Nous, les membres de l’atelier d’écriture

Nous les partenaires du Pacte d’Avenir

Nous, les membres du conseil d’administration

Nous, submergés d’émotion

Nous, Frédérique, moi et les habitants de Lesneven

Nous, simple citoyen

Nous, les élèves de la nouvelle génération

Nous, collégiens

 

Depuis quelques mois, nous devons faire des kilomètres pour voir notre enfant.

Nous, parents d’enfant né prématuré

Nous luttons tous les jours pour ne pas montrer notre désarroi face à toutes ces machines qui entourent notre enfant.

Nous, parents d’enfant né prématuré

Nous écoutons les médecins nous parler de bilan sans réellement comprendre leur langage.

Nous, parents d’enfant né prématuré

Nous entendons les machines bipper sans cesse, sans comprendre leur réelle utilité.

nous devons accepter le diagnostic.

 

Écrire pour partager

Écrire pour se construire

Écrire s’accepter

Écrire pour s’épanouir

Écrire pour se métamorphoser

Écrire pour changer

Écrire pour échanger

Écrire pour se transformer

Écrire pour marquer

Écrire pour grandir

Écrire pour accueillir

Écrire pour contredire, riposter, protester

Écrire pour s’abandonner

Écrire pour s’engager

Annie

Atelier du mercredi 1er octobre

Il s’agit aujourd’hui  de descendre dans sa voix. « Je  » est un « Nous », « Je  » est multiple, en moi résonnent mes voix. Si la voix est singulière, elle se module suivant l’âge, les circonstances, les émotions, les interlocuteurs…Elle se décline à travers cris, chuchotements, enrouements, sanglots, gémissements, rires, chants … Il s’agit d’en explorer les diverses facettes. Pour cela, nous travaillerons l’écriture fragmentaire.

Je  demande que chacun déchire une feuille de papier en au moins sept morceaux. sur chaque morceau  s’écrira un « Eclat de voix ». On fait jaillir ainsi des moments où l’on a senti sa voix, chaque fragment étant un texte indépendant des autres. Ensuite, chacun cherchera l’ordre dans lequel agencer  ces fragments  pour construire  un texte.

Voici les textes:

MA VOIX

 

Au collège, le son de ma voix est absent tellement j’étais timide. J’écoutais les autres mais moi, aucun mot ne sortait. C’était trop dur de parler devant les autres.

A mon travail, lors des soins, ma voix s’adoucit pour rassurer la patient sinon elle se renforce quand il est malentendant. Avec les collègues, c’est le naturel qui revient.

Devant mon supérieur mon stress m’empêche d’avoir une voix claire, des mots calmes et posés, ils sont plutôt hésitants, bafouillants. Mon son est faible tellement l’angoisse est présente, j’essaie quand même de résister pour pouvoir finir de dire ce que j’ai à dire.

Mon entourage me rappelle souvent : arrête de crier, tu ne t’entends pas. Et bien je n’entends plus le ton de ma voix qui est fore et parfois criante alors je descends d’un cran, pour qu’elle baisse d’un ton.

Lorsque je discute avec des amis intimes, ma voix me semble calme, les mots se déroulent sans problème. La confiance rend la discussion agréable et facile.

A la gendarmerie, quand j’ai été porter plainte, j’ai eu une voix posée, calme et sûre d’elle. Les mots sont réfléchis, les réponses nettes et précises.

J’appelle toujours mes enfants en criant chacun leurs trois prénoms pour les faire descendre de leur chambre pour venir manger. Ils arrivent alors en râlant et en disant que c’est pas la peine de crier comme ça, ils m’entendent très bien de là-haut.

Dominique

 

Ma voix du matin, rauque, mal réveillée, je la racle puis elle s’éclaircit.

Lorsque je suis en colère je monte dans les aigus et mes filles me disent souvent que j’ai la même intonation que ma mère et les mêmes expressions dans le visage. Elles en rigolent énormément, et de cette remarque, je rigole avec elles.

Ça m’arrive souvent de partir en fou rire avec mes filles, pour des petits riens, et cela ne s’arrange pas. Lorsque je rigole, j’ai la voix qui s’étouffe et après qui part en cui-cui, comme elles le disent. Ce qui fait que l’on part en larmes de rire.

Le téléphone sonne, silence au bout. Puis des sanglots, mauvaise nouvelle. Décès. Je n’ai pas de son sur le coup. Ma voix reste bloquée, puis, la gorge serrée, j’explose, les larmes puis le cri strident, long et continu. Puis étouffé.

Aujourd’hui ma voix est grave et rassurante.

Jeannine


 

Quand je chantais à l’école, ma voix, je la trouvais plutôt fluette.

Ma nourrice me disait : Christelle, tu as une voix stridente. Surtout quand j’étais excitée par le jeu.

Ado, ma voix était douce, peu assurée, hésitante.

Ma voix d’ado en colère : aigüe, hystérique.

Ma voix d’ado quand j’étais heureuse : claire, limpide, un son agréable.

Ma voix de jeune maman, à 19, 25 ans : douce, chuchotante, une voix lancinante. Les personnes qui m’entouraient me disaient : tu as une voix douce.

Ma voix de maman à 40, 45 ans, mes enfants me disent qu’elle est encore douce, assurée, moins aigüe que dans leur souvenir de quand ils étaient petits.

Ma voix quand je serai plus avancée dans l’âge, à 60, 70 ans, elle sera à mon avis stridente, chevrotante, hésitante, bégayante.

Christelle

 

Quand je suis en colère, je me fais entendre parce que je n’accepte pas une remarque.

Quand je demande aux enfants de se taire, j’élève la voix mais ils voient des fois que je ne suis pas crédible, je souris un peu.

Je suis douce avec les enfants mais le jour où ma nièce a jeté un caillou contre ma voiture j’ai élevé la voix parce que je n’étais pas contente du tout.

A la cantine, j’écoute les enfants parler. Quand il y a trop de bruit, j’élève ma voix pour qu’ils se taisent, pour retrouver le calme. Certains me regardent d’une façon…

Quand je téléphone, je laisse un message, je réécoute, je ne reconnais pas ma voix, j’ai l’impression que c’est pas moi du tout.

Nicole

 

Lorsque je connais pas le lieu, ni les personnes avec qui je suis, ma voix est plutôt discrète et faible.

Elle est difficilement audible et parfois il que je répète la phrase de manière plus forte. Elle devient alors hésitante , le rythme est moins fluide que d’habitude, c’est peut être par peur et par pudeur.

Quand je suis énervée, je parle plus vite et plus fort. Puis, j’arrête la discussion afin d’avoir un instant de silence pour calmer calmer et réfléchir.

Si on ne m’entends pas parler dans un groupe, ce silence inquiète, alors pour rassurer, je réponds sous forme d’humour.

Quand cette personne m’a donné sa réponse, la déception s’est entendue dans ma voix. Ce fût une réponse négative à peine audible tellement.

Parfois, lorsque je veux plaisanter, j’imite les accents avec les mimiques ainsi que les fautes de prononciations de façon à ce qu’il sache que c’est de l’humour et non de la moquerie. Puis, j’attends de voir sa réaction et je ris. Et à son tour, il se mets à rire.

En mettant en commun nos souvenirs, je me souviens que j’avais tellement rigolé que je n’avais plus de voix. Je commençais a en pleurer de rire et plus aucun son ne sortait de ma bouche car il faillait respirer

Quand la fatigue est là, je mets un certain temps avant de répondre et ma voix est calme voire sereine. Quand je réalise cela, je soupire et répète de manière plus forte pour qu’on ne découvre pas.

Avec mon otite, je m’entendais différemment voire de l’intérieur tellement mes oreilles me faisaient mal. Je ne savais même pas si je parlais fort ou pas. C’était une sensation étrange comme si j’étais à côté de ma propre voix.

Méritxell

 

 

 Atelier du lundi 29 septembre

Après avoir lu Déménager de Georges Perec, texte qui n’est écrit qu’avec des verbes à l’infinitif, je demande qu’on fasse un inventaire des verbes de la voix. Ensuite, de choisir trois de ces verbes et de se laisser aller à écrire d’un seul souffle, sans ponctuation ce qui vient en écriture après avoir posé le verbe. Puis, après avoir écouté des extraits de Voix off de Denis Podalydés, de faire un inventaire des différentes voix qui nous ont pu nous  traverser tout au long de notre vie.

Voici les textes:

 

Inventaire des verbes de la voix (collectif)

Parler- crier- hurler- chuchoter- murmurer- rire- éclater de rire- marmonner- glousser- siffloter- s’exclamer- pleurer-pouffer- gémir- siffler- chanter- chantonner- huer- fredonner- s’esclaffer- ricaner- bruiter- étouffer- hésiter-souffler- appeler- rassurer- lire- réciter- insulter- répondre- ordonner- réconforter- communiquer- soulager- apprendre- partager- écouter- demander-souler- apprivoiser- téléphoner –bouder- soupirer- discuter- râler- s’exprimer- imiter-grogner-rigoler- sangloter- dire- répéter

 

Gémir de plaisir ou de douleur de plaisir c’est toujours bon à prendre, c’est un moment exquis de joie de bonheur et d’amour intense car quand les gémissements de la douleur arrivent je les hais tellement ça fait mal on espère tant qu’elle disparaisse à jamais.

Lire à haute voix pour s’imprégner des mots, des émotions, du livre, de l’histoire, des personnages pour en ressentir le plaisir de lire au son de sa propre voix.

Communiquer pour être avec les autres donner ses idées, ses sentiments, son mécontentement, son avis c’est le sens de la vie, la voix c’est un organe d’émotion de vie.

 

Les cris forts et puissants de mes enfants lors de leurs naissances, quelle joie intense.

Le visage tout en rondeur et souriant de ma mère dégage au son de sa voix une douceur rassurante et maternelle.

Une voix austère, criante, méchante sort de la bouche de mon père lors de ses excès de colère. Son visage se déforme sous l’effet de la violence.

Une petite voix douce, calme et souriante d’une bonne sœur lors des leçons de catéchèse, me laisse des souvenirs de bonheur et de paix.

Les voix faibles, souffrantes, crispantes, apeurées par de nombreuses années me rassurent sur mon rôle de soignante.

L’indifférence totale lorsque la voix du professeur ne vous atteint plus tellement je me suis éloignée des bancs de l’école.

Dominique

 

Glousser je ris doucement pour ne pas réveiller ceux qui sont à côté de moi pour ne pas déranger.

Siffloter écouter ce son amusant quand je suis dehors au soleil.

Crier sur quelqu’un sans jamais s’arrêter au point de ne plus s’entendre parler.

 

La première fois que j’ai fait attention à cette voix si particulière de femme, c’est 25 ans après, lorsque je l’ai revue à l’école de mes enfants. Ce rire, cette voix cristalline et chevrotante, cette voix est celle de mon ancienne institutrice.

Voix de mon mari si rassurante, cette voix rauque et douce et si virile.

Voix de ma sœur à se méprendre, si proche de la mienne, si similaire, même rire étouffé ou rire timide, cette voix si importante pour moi.

Voix de ma nourrice avec cet accent si proche de la terre, roulement des r assez prononcé, mais si douce aussi.

Christelle

 

Dans la journée, je passe mon temps à téléphoner et tout le monde s’énerve.

Avec les invités je n’arrête pas de parler de choses et d’autres.

 

La première fois que j’ai entendu la voix de Nolwenn, j’étais scotchée, je suis restée devant l’écran pour l’écouter, j’ai suivi de jour en jour, et à son concert, je n’ai pas été déçue. Un ami ne l’aimait pas, je l’invite, il est sorti ravi de cette soirée.

Quand ma tante m’appelle, rien que d’entendre sa voix, je pense à ma mère qui est décédée. Elle me conseille, le lien est tellement fort que je n’oublie pas ma mère.

Nicole

 

Chuchoter dans l’oreille de ma fille qui rit de ne pas m’avoir comprise, car à trop chuchoter elle n’a rien compris.

Ricaner au nez de ma sœur qui s’est fait une belle peur en regardant un film d’horreur.

 Fredonner une chanson qui m’évoque des souvenirs du passé.

 

Cette voix si familière, qu’elle soit de vis-à-vis ou lointaine, si ressemblante à la mienne. Cette voix si similaire que ça en est troublant pour les gens de mon entourage qui arrivent à s’y tromper au téléphone comme les intonations. Cette voix qui n’est pas mienne mais celle de ma jumelle.

La première fois que j’ai entendu la voix de Garou, chanteur canadien, je devais bien tendre l’oreille pour décrypter les mots. Je n’enregistrais entre des R roulant et voix étouffée et nez bouché que quelques syllabes. Je finissais pas ne plus rien comprendre de ce que la chanson racontait, car j’étais envoûtée par son accent.

Elle est si douce. Elle peut être colère ou autoritaire. Mais elle est si aimante, si maternelle à la fois, cette voix d’enfance si intimidante qu’elle sera ancrée au plus profond de moi. Ta voix Maman Roudeaut sera toujours la plus belle.

Jeannine

 

Communiquer me permet de dire ce que je souhaite que l’on sache ce que je pense.

Echanger afin d’avoir un retour de ce que je dis face à l’autre personne afin de connaître son avis et de découvrir l’autre sous un autre angle de vue grâce aux mots.

S’exprimer c’est lire et permettre aux autres de mieux nous connaître sans avoir peur d’être jugé.

 

Cette voix est une voix chaleureuse et maternelle et douce pourtant par habitude elle devient plus intense et elle oublie qu’elle n’est pas en classe et que je ne suis pas ses élèves mais que je suis sa fille.

Lorsqu’il s’exprime, il a toujours son accent que je reconnais lorsqu’il roule des r à l’anglaise et quand il est frustré car on ne le comprend pas, il s’arrête un bref instant et termine sa phrase en anglais comme si de rien n’était.

Dans mon enfance, j’avais un accent qui chantait le sud de la France mais en arrivant en Bretagne je l’ai perdu.

Ces deux voix hautes comme trois pommes sont parfois douces et sages et parfois malicieuses et complices de leurs bêtises. L’ aînée montre l’exemple et s’exprime de manière bienveillante envers la seconde plus jeune, et c’est au moment du réveil que j’entends combien cette petite voix est fragile et demande de l’attention pour son petit déjeuner et ses dessins animés. La seconde est parfois boudeuse, voir grognante de rage de ne pas avoir obtenu son caprice et à ma grande surprise soudain elle rigole tellement que cela devient théâtral, je ris avec elle.

Méritxell

 

Atelier du vendredi 12 septembre

Les lieux:

Inventaire des noms de mon territoire intime.

Puis je lis les deux premières pages de Traversée de Marie-Hélène Lafon et je m’arrête sur ces deux phrases, qui disent son  rapport sensible à la rivière: (…) je connais d’abord la rivière par son bruit qui s’entend depuis la maison quand on dort la fenêtre ouverte ou quand on se penche pour fermer les volets; (…) Je connais la rivière par les cailloux ronds qui lui font double cortège e tapissent son lit, on s’y tord les pieds, les cailloux sont bleus, ils sont gris…

Je demande qu’on écrive des lieux en commençant les phrases par « je connais ».

Je relis ensuite les deux premières pages de Traversée. Je propose qu’on écrive un texte, toujours sur un lieu, qui commence par « Au commencement ».

Au commencement le monde est fendu. au commencement  il y a la fente, la Santoire et sa mouillure vive au fond de la vallée qu’elle a creusé . ( Marie-Hélène Lafon)

 Voici les textes:

Inventaire des noms de mon territoire intime

Ma Bretagne (fière de l’être)- Dinan (Ville de naissance)- Les Prés beaux (Lieu-dit de l’enfance)- Quedert (Commune de mon mariage)- Lesneven (Ville à l’âge adulte) Louis Aragon (Rue actuelle) Dorguen (Lieu de travail)- La Cavale Blanche (Hospitalisation) IFSI ( (Ecole AS) Renaudren (Lieu de naissance des enfants)

Chez moi, chacun avait son chien. Je reconnaissais Belle par son contact avec ma main et le son qu’elle dégageait.  C’était ma confidente pendant une dizaine d’années.

Je me sens paisible et en paix quand je me retrouve dans mon jardin rue Louis Aragon, sur un banc, au bord du bassin.

J’adore l’odeur salée de la mer, le son des vagues et le paysage lors des promenades au bord de l’eau.

Je connais l’hippodrome car tous les soirs, mon mari et moi sortons notre chien. C’est un moment d’intimité, de communication entre nous trois.

Je ressens toujours de l’émotion lorsque je touche la personne âgée du bout de mes doigts lors des soins, ses rides, ses plis, sa douceur, ses imperfections dues aux longues années….

Lesneven, une ville d’accueil où tout est possible, où tout peut recommencer. C’est pour moi l’éclosion à l’âge adulte.

 

Au commencement, je cherche le nom sur la carte géographique. Puis je me suis retrouvée devant le panneau, avec plein d’espoirs et de doutes. Que vais-je trouver ? Comment sont les gens ici ? Comment vais-je vivre loin de chez moi. Peur de l’inconnu, peur d’être adulte. Puis petit à petit on s’habitue, on apprend, on commence une nouvelle vie avec de nouvelles habitudes. Une vie à deux, une vie de couple, comme tout le monde. Les mois, les années passent, le travail est parti, le couple est toujours là et les enfants grandissent.

Dominique

 

Inventaire des noms de mon territoire intime

Kerventa- L’ Aber Wrach- Le bois noir- Lesneven- Plounéour trez- Kerurus- Autriche- Bavière

 

Je connais la rivière de l’Aber Wrach, l’eau coulait, s’y tremper les pieds et prendre du cresson.

Je connais la plage , marcher sur le sable et au bord pour mettre les pieds.

La Nouchka reconnaît le bruit de ma voiture quand j’arrive et demande des caresses.

 

Au commencement, les petits chemins, les talus, tout était loin, beaucoup d’arbres, retirée du bourg, des habitations, pas beaucoup de relations jusqu’au jour où on détruit une grande partie. Heureusement la garenne est restée. Aujourd’hui, tout est plus près.

Nicole

 

Inventaire des noms de mon territoire intime

Brest- Quartier de Pontanézen, dit aussi Ponta aujourd’hui  Le phare de l’Europe – Kerjean- Penfeld- Stangalou- Le Moulin Blanc- Le Bois de Keroil –Tyan- Keredernn- Plounéour-trez- Plougastel- Ketautrass- Kerlouan- Lesneven- Lagodi- Saint- Laurent –Gâvre- Le Petit Paris- Plougasnou.

 

Je connais Titoun, qui avant de m’endormir, m’apaisait en nuit de tempête au petit vent. Le volet qui frappait et disait Titoun, Titoun…

Je connais l’odeur du grenier, poussière du temps, bois, pommes de terre.

Je connais ce rocher râpeux, chatouillis iodé.

Je connais le château et sa forêt, sa douleur et mes écorchures.

Je connais l’odeur du ragout dans les mottes à Ouessant.

 

Au commencement, de cette grande maison blanche, de son jardin d’enfants, de ces bonnes sœurs sympathiques, des rires des enfants, de leurs cris, leurs pleurs, leurs joies à Tyan.

Au commencement de la vie du premier souffle, premier cri de mes enfants.

Au commencement de ce jardin labouré, à son changement de paysage dans les saisons avec ses senteurs et ses couleurs à Plouguerneau.

Jeannine

 

Inventaire des noms de mon territoire intime

Plouguerneau- Chapelle Saint Egarec- Chapelle Saint-Laurent- le ruisseau Saint-Laurent- La coirx Saitn- Laurent- Creach a Navel- Correjou- Lagady- Kerlouan –Mechou mez an aod- Mez vrand- l’île aux vaches- Boutrouille- le fanal-

 

Je reconnais le son de la cloche de mon village.

Je reconnais le chant de l’oiseau à ma fenêtre de chambre à Plouguerneau.

Je reconnais le bruit de la tempête qui frappe les volets à Kerlouan.

Je reconnais les vagues qui frappent sur les dunes.

Je reconnais l’odeur du pâté de cochon de la ferme d’à côté.

Je reconnais l’odeur du feu de bois qui fume les pommes de terre.

Je reconnais le craquement de la neige sous mes pieds à Plouguerneau.

Je reconnais le souffle du vent sur mon visage à Saint-Egarec.

Je reconnais le sable chaud sous mes pieds brûlants en été 1976 à Plouguerneau.

Je reconnais le bruissement des sapins à Saint- Pierre de Chartreuse, au Mont Blanc, en classe de neige.

 

Au commencement d’un talus avec ces papillons aux couleurs chaudes à Plouguerneau, Saint –Laurent, il faisait chaud,  les cris des enfants de mon âge riaient autour de moi.

Christelle

 

Inventaire des noms de mon territoire intime

Sri Lanka, Colombo, Villeneuve-Tolosane, les Chardons bleus, le phare à Brignogan-Plages, Ploudaniel, Lesgall an Taro, Poullourou, Plounéour-Trez, la Côte du Salut, Roudouan, Lesneven, Quimper, Kernisy, le Paraclet, Brest, Pont-Aven, Le fret, Plougastel-Daoulas, l’Abbaye de Daoulas.

Je connais la plage des Chardons bleus avec ses rochers et ses vagues avec son sémaphore qui permet de me situer. Les marées qui changent ce lieu tout en restant le même : c’était là que je travaillais.

Je connais la Côte du Salut d’où j’apercevais la mer, s’il faisait beau au bord de mer. Je savais que j’allais arriver dans notre quartier à Roudouan pendant les vacances pour retrouver La famille.

Je connais Le collègue Notre-Dame de Lourdes, qui a tellement changé et qui s’abîme … Avant il y avait des cris et des voix dans la cour de récréation mais elle n’existe plus, elle a été brûlée.

Elle a fait parti de ma jeunesse et c’est là où j’y ai rencontré mes amies…

Je connais le port de commerce de Brest, j’y pêchais du poisson et cela me rappelait que je pêchais à Brignogan. Cela me permettait de profiter du soleil qui donnait sur l’horizon. Cet endroit apaisait mon esprit.

 

Au commencement, je venais à l’Abbaye de Daoulas pour y travailler.

Puis au fur et à mesure que je m’y rendais, tout en marchant, je regardais le soleil à travers les arbres, je sentais le parfum des fleurs et j’écoutais les oiseaux. Cela me permettait d’écouter la nature et ses bruits.

Ce lieu je m’y sentais comme chez moi et je m’y suis attachée. J’y retrouve mes amies et je me rappelle nos discussions et nos rires. Plus qu’une équipe, ce fût une vraie rencontre.

Cet endroit a été un tournant dans ma vie, ce fût mon nouveau départ car là je m’y suis épanouie.

Méritxell

 

 

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